En l’attente du motu proprio, désormais
imminent, devant légiférer en faveur de la messe de Pie V, on assiste toujours à des
escarmouches entre les autorités ecclésiastiques françaises et
les partisans décidés de l’ancienne liturgie. Alors que les
concessions faites récemment à Laval par l’évêque de Mayenne,
Mgr Armand Maillard, semblent
avoir en partie désarmé l’offensive polémique des catholiques
traditionalistes, la situation redevient tendue dans les Hauts
de Seine.
Ce fut déjà le cas il y a quelques années.
L’évêque de Nanterre d’alors, Mgr François
Favreau refusait de concéder aux fidèles
traditionalistes, eux-mêmes divisés en une tendance dure et
une tendance soft, la messe ancienne qu’il demandait. Son
successeur depuis 2002, Gérard
Daucourt, rechigna. Des pétitions furent lancées et
diverses manifestations organisées. Une conférence du cardinal
Walter Kasper à Neuilly fut même
passablement perturbée. Sans doute suite à des pressions
romaines, Mgr Daucourt finit-il
par céder.
En juillet 2005, à contre-coeur, il décidait de
mettre en place dans une Eglise de son diocèse, Sainte-Marie
des Fontenelles de Nanterre une célébration liturgique
hebdomadaire selon l’ancien rite. L’organisation en fut confié
au vicaire épiscopal Yvon Aybram,
de sensibilité très classique et considéré comme épiscopable.
La trêve n’aura pas duré deux ans. A présent, les autorités
diocésaines entendent mettre un terme à cette expérience.
Suivant le conseil de Mgr Aybram,
lequel en définitive a fini par se heurter aux
traditionalistes.
Le clergé de Sainte-Marie des Fontenelles ne
souhaite plus cette cohabitation, source de tensions. Une
autre solution aurait été proposée par le vicaire épiscopal
Aybram : l’Eglise Notre Dame des Airs de Saint Cloud. Or,
les fidèles attachés à l’ancienne liturgie contestent ce choix
et prétendent, non sans raison, que l’église en question est
plus difficile d’accès.
Il est vrai que les accrochages entre les
traditionalistes et Yvon Aybram
tiennent en apparence à des détails. Ainsi, le partage du
parking entre les deux communautés. Habile homme, Mgr Daucourt a ouvert à tous le parking de
l’évêché pour éviter un Clochemerle nanterrois.Par la suite,
les sermons du vicaire épiscopal Aybram furent perçu comme agressifs par
les fidèles.
En tout cas la situation n’a cessé de dégénérer.
Le groupe traditionaliste se tourne à présent vers l’évêque
Gérard Daucourt, dont on sait
pourtant qu’il ne voit du tout cette initiative d’un bon
œil.
Du côté d’Yvon
Aybram, on invoque pour expliquer la dégradation de
la situation le refus total des fidèles liés à l’ancienne
liturgie de s’intégrer et de reconnaître positivement ce que
peuvent vivre des catholiques ouverts au monde, une attitude
polémique et fermée, une lecture sélective des orientations de
l’Eglise. Il est en fait tout à fait clair qu’une cohabitation
entre ceux qui acceptent Vatican II (même en sa version la
plus classique comme Yvon Aybram) et ceux qui le refusent pose
forcément des problèmes, au-delà même des abcès de fixation
particuliers, parfois anecdotiques..
Les évêques français redoutent les conséquences
d’une légalisation de l’ancienne messe qui multiplierait ici
ou là dans l’hexagone des situations de ce type. En fait, la
juxtaposition des rites pourrait bien être l’arbre qui cache
une forêt : celle d’une confrontation souvent tacite et
refoulée mais pouvant devenir explosive, entre des tendances
ecclésiales totalement opposées, avec des choix de société
contradictoires et variés, et des visions de Dieu, de l’homme
et du monde assez difficiles à accorder.
Ce que pourrait changer le prochain motu proprio
est on ne peut plus clair : les groupes traditionalistes
pourraient organiser avec des prêtres de leur choix des
célébrations de ce type. Ils ne devraient plus passer par
l’autorité épiscopale qui ne pourrait pas interdire de telles
célébrations. Les évêques sont toujours sourcilleux lorsque
leur pouvoir est menacé. Dans le cas d’espèce, l’enjeu nous
semble pourtant aller beaucoup plus loin : un
sauf-conduit accordé à ceux qui contestent les orientations du
Concile pourrait conduire au fil des années à mettre ces
dernières comme entre parenthèses.
Il y a quelques années, l’évêque de Blois, Mgr
Joseph Goupy, s’était écrié :
"touche pas à mon concile". Les catholiques opposés au motu
proprio ne veulent aucunement remettre en cause un juste
pluralisme de sensibilité dans l’Eglise. Ils redoutent plutôt
un subtil enterrement des acquis de Vatican II, avec une
banalisation croissante des choix inspirés par leur mise en
cause ou leur rejet.
En
arrière-fond, un débat immense et complexe sur le sens même du
christianisme demande encore à s’ouvrir.